CHAPITRE 12++partie 2
Son visage devint rouge, ses lèvres se pincèrent comme si elle retenait sa
respiration. Puis, soudainement, un rire s’échappa de ses lèvres.
Maintenant elle se moque de moi. Génial.
Mike se retourna, renfrogné, et s’éloigna pour aller se changer.
Je m’appuyai contre le mur du gymnase, essayant de me ressaisir.
Comment avait-elle pu rire à l’accusation de Mike - tellement vraie que je
commençais à me demander si Forks n’en savait pas trop... Pourquoi riraitelle
à la suggestion que je pouvais la tuer, alors même qu’elle savait que
c’était totalement vrai ? Où se trouvait l’humour là dedans ?
Qu’est ce qui n’allait pas chez elle ?
Est-ce qu’elle avait un sens de l’humour morbide ? Cela ne ressemblait pas
à l’idée que je me faisais d’elle, mais comment être sûr ? Ou peut-être que
mes rêves éveillés d'ange étourdi étaient vrais, puisqu’elle n’avait peur de
rien. Peu importe la raison alors, ce manque de peur, ou ce sens de l’humour
tordu n’était pas bon pour elle. Etait-ce cet étrange manque qui la mettait en
danger constamment ? Peut-être qu’elle aurait toujours besoin de moi près
d’elle...
Et juste comme ça, mon humeur s’améliora.
Si je pouvais me discipliner, être sans danger, alors peut-être qu’il serait
bien pour moi de rester avec elle.
Quand elle marcha au travers des portes du gymnase, ses épaules étaient
courbées, et ses dents entre ses lèvres, une fois de plus, un signe d’anxiété.
Mais dès que ses yeux rencontrèrent les miens, ses épaules rigides se
relaxèrent, et un grand sourire se répandit sur son visage. C’était une
expression bizarrement paisible. Elle marcha jusqu’à moi sans hésitation,
s’arrêtant seulement lorsque son corps fut assez près, pour que sa chaleur
s’écrase sur moi comme un raz-de-marée.
- Salut ! murmura-t-elle.
La bonheur que je ressentis à ce moment là était, une fois de plus, sans
précédent.
- Salut ! dis-je, puis - parce que son humeur était soudain si légère, je ne
pouvais pas m'empêcher de la taquiner - je rajoutai, comment ça s'est passé ?
Son sourire vacilla.
- Très bien.
Elle était mauvaise menteuse.
- Ah bon ? demandai-je, prêt à insister sur le sujet - j’étais toujours
préoccupé par son état, est ce qu’elle souffrait ? - mais les pensées de Mike
Newton furent si bruyantes qu’elle rompirent ma concentration.
Je le déteste. J’aimerai qu’il meure. J'espère qu’il jettera sa jolie petite
voiture du haut d’une falaise. Pourquoi ne peut-il pas simplement la laisser
tranquille ? Rester avec ceux de son espèce - les monstres.
- Qu'y a-t-il ? demanda Bella.
Mes yeux se concentrèrent de nouveau sur elle. Elle regarda la retraite de
Mike, puis de nouveau vers moi.
- Newton me tape sur le système, admis-je.
Sa bouche s’ouvrit en grand, et son sourire disparut. Elle avait dû oublier
que j’avais le pouvoir de voir sa dernière heure calamiteuse, ou espérer que je
ne l’aurais pas utilisé.
- Ne me dis pas que tu nous as espionnés !
- Comment va ta tête ?
- Je te déteste ! dit-elle à travers ses dents, puis elle se retourna, et
commença a traverser le parking.
Je suivais son rythme, espérant que sa colère passerait vite. En général,
elle ma pardonnait assez rapidement.
- C'est ta faute. C'est toi qui a mentionné que je ne t'avais jamais vue en
sport, lui expliquai-je. Ca a éveillé ma curiosité.
Elle ne répondit pas, ses sourcils s’abaissant.
Soudain, elle s'arrêta au milieu du parking quand elle réalisa que le chemin
pour accéder à la voiture était bloqué par un attroupement de garçons.
Je me demande à combien il monte avec cet engin...
Regarde moi ce boîtier de vitesse SMG. Je n’en n’avais jamais vu que dans
des magazines...
Jolies jantes...
J’aimerai bien avoir 60 000 dollars à débourser...
C’était exactement la raison pour laquelle il était préférable que Rosalie
utilise sa voiture en dehors de la ville.
Je me frayais un chemin jusqu’à ma voiture à travers la foule d’envieux,
après une seconde d’hésitation, Bella me suivit.
- Ostentatoire, murmurais-je pendant qu’elle grimpait à l'intérieur.
- Qu'est-ce que c'est comme voiture ? se demanda-t-elle.
- Une M3.
Elle fronce les sourcils.
- Pardon ?
- Une BMW ! Je levai les yeux au ciel, me concentrant sur ma marche
arrière pour ne pas écraser quelqu’un. Je fixai mes yeux sur quelques garçons
qui semblaient ne pas vouloir se pousser de mon chemin. Une demi-seconde a
fixer mon chemin semblait suffire pour les convaincre.
- Tu es toujours en colère ? lui demandai-je. Elle ne fronçait plus les
sourcils.
- Et comment ! répondait-elle brusquement.
Je soupirai. Peut-être que je n’aurais pas dû lancer le sujet. Oh et puis. Je
pouvais bien me faire pardonner, j’imagine.
- Me pardonneras-tu si je m'excuse ?
Elle y pensa pendant un moment.
- Peut-être... si tu es sincère, décida-t-elle. Et si tu me promets de ne jamais
recommencer.
Je n’allais pas lui mentir, et je n’allais sûrement pas promettre ça. Peut-être
que si je lui offrirais un accord différent...
- Et si j'étais sincère et que j'étais d'accord pour te laisser conduire samedi ?
J’eus un mouvement de recul rien qu’en y pensant.
La ride se dessina de nouveau entre ses yeux alors qu’elle considérait le
nouveau pacte.
- Marché conclu, dit-elle après un moment de réflexion.
Maintenant pour mes excuses... Je n’avais jamais essayé d’éblouir Bella,
mais maintenant cela semblait être le bon moment. Je fixai profondément ses
yeux en conduisant, me demandant si je faisais une bonne chose. J’utilisais
mon ton le plus persuasif.
- Dans ce cas, je suis sincèrement désolé et je te prie de m'excuser.
Son rythme cardiaque faisait un bruit sourd, et fut soudain saccadé. Ses
yeux s’ouvrirent, stupéfaits.
Je lui fis un demi-sourire. Il semblait que j’avais réussi. Bien sûr, j’avais un
peu de difficulté à me détourner de ses yeux, moi aussi. Tout aussi ébloui.
C’était une bonne chose que j’eus mémorisé cette route.
- Et je serai sur le seuil de ta maison samedi matin à l'aube, ajoutai-je,
scellant l’accord.
Elle cligna des yeux promptement, secouant la tête, comme pour s’éclaircir
les idées.
- Euh, dit elle, une Volvo inconnue garée dans notre allée risque de soulever
un problème avec Charlie.
Ah, comme elle me connaissais si peu.
- Je n'avais pas l'intention de venir avec.
- Comment... commença-t-elle à demander.
Je l’interrompis. La réponse serait difficile à expliquer sans démonstration,
et ce n’était vraiment pas le moment.
- Ne t'occupe pas de ça. Je serai là, sans voiture.
Elle pencha la tête sur le côté, et pendant une seconde sembla sur le point
de demander plus, mais soudain elle sembla changer d’avis.
- Sommes-nous "plus tard" ? demanda-t-elle, se remémorant notre
conversation inachevée à la cafétéria aujourd’hui ; elle avait délaissé une
question importante pour se rabattre sur une autre peu ragoûtante.
- Je suppose que oui, acquiesçais-je, sans le vouloir.
Je me garai en face de la maison, contracté en pensant à la façon de lui
expliquer... sans rendre ma nature monstrueuse trop évidente, sans l’effrayer
une nouvelle fois. Avais-je tort ? De minimiser les ténèbres ?
Elle attendit avec le même masque de politesse intéressée qu’elle avait
porté au déjeuner. Si j’avais été moins anxieux, son calme grotesque m’aurait
fait rire.
- Tu n'as pas renoncé à savoir pourquoi tu es interdite de parties de chasse,
n'est-ce-pas ? demandai-je.
- En réalité, c'est surtout ta réaction à cette perspective qui m'intéresse, dit
elle.
- Je t'ai fait peur ? demandais-je, sûr qu’elle allait nier.
- Non.
J’essayais de ne pas sourire, et échouais.
- Pardonne-moi si c'est le cas. Puis mon sourire s’évanouit ainsi que mon
humour momentané. C'est juste l'idée de t'imaginer là-bas...
- Ce serait si terrible que ça ?
La vision mentale était trop - Bella, si vulnérable dans le sombre vide, moi,
hors de contrôle... j’essayais de la bannir de ma tête.
- Oh que oui.
- Parce que... ?
Je pris une profonde inspiration, me concentrant pendant un moment sur la
soif qui me brûlait. La sentant, la contrôlant, prouvant que je la dominait. Elle
ne me contrôlerait plus jamais - j'espérais que ce soit vrai. Je serais sans
danger pour elle. Je fixai les nuages bienvenus sans vraiment les voir,
espérant pouvoir croire que ma détermination ferait une quelconque
différence si je croisais son odeur en chassant.
- Quand nous chassons, nos sens l'emportent sur notre raison et nous...
dirigent, lui dis-je pesant chaque mot avant de le prononcer. Surtout l'odorat.
Si tu te trouvais dans les parages à ce moment là...
Je secouai la tête, agonisant à la pensée de ce qui pourrait - pas pourrait,
allait - sûrement arriver alors.
J’écoutai l’envolée de son rythme cardiaque, puis me retournais, nerveux,
pour lire dans ses yeux.
Le visage de Bella était calme, ses yeux graves. Sa bouche était plissée
dans ce que je pris pour de l’inquiétude. Mais de l'inquiétude pour quoi ? Sa
propre sécurité ? Ou mon angoisse ? Je continuai de la fixer, essayant de
traduire son expression ambiguë.
Elle me fixa elle aussi. Ses yeux s’élargirent après un moment, et ses
pupilles se dilatèrent alors que la lumière n’avait pas changée.
Ma respiration s’accéléra, et soudainement le silence de la voiture sembla
bourdonner, comme dans la pénombre de la salle de biologie, cet après-midi.
L’impulsion du courant s’emballa entre nous, et mon désir de la toucher fut,
brièvement, plus fort que jamais, plus fort même que l’exigence de ma soif.
L'électricité lancinante me fit penser que j’avais de nouveau un pouls. Mon
corps en chantant les louanges. Comme si j’étais humain. Plus que tout au
monde, je voulais sentir la chaleur de ses lèvres contre les miennes. Pendant
une seconde, je luttais désespérément pour trouver la force, le contrôle, pour
être capable de mettre ma bouche aussi près de sa peau.
Elle aspira une grand bouffée d’air, et je réalisai alors seulement que
lorsque j’avais commencé à respirer plus vite, elle avait complètement arrêté.
Je fermai les yeux, essayant de rompre la connexion entre nous.
Plus d’erreur.
L’existence de Bella était liée à un millier de procédés chimiques
délicatement équilibrés, tellement facilement interrompus. L’expansion
rythmique de ses poumons, son flux d'oxygène, était une question de vie ou
de mort. La cadence des battements de son coeur fragile pouvait être arrêtée
par tellement d’accidents stupides, ou de maladies... ou par moi.
Je ne pensai pas qu’un membre de ma famille hésiterait si il ou elle se
voyait offrir une nouvelle chance - si il ou elle pouvait échanger l’immortalité
contre la mortalité de nouveau. Chacun de nous se laisserait brûler pour ça.
Brûler autant de jour, ou de siècle que cela serait nécessaire.
La plupart de notre espèce chérissait l’immortalité par dessus toute chose.
Il y avait même des humains qui mouraient de désir de devenir immortels,
cherchant dans les ténèbres ceux qui leur donnerait le plus sombre des
présents...
Pas nous. Pas ma famille. Nous échangerions n’importe quoi pour être
humains.
Mais aucun de nous n’avait été aussi désespéré pour ce changement que
moi en cet instant.
Je fixai les microscopiques défauts dans la vitre de la portière, comme s'il y
avait une solution cachée dans le verre. L'électricité ne s’était pas atténuée, et
je dus me concentrer pour garder mes mains sur le volant.
Ma main droite commença a picoter sans douleur, une nouvelle fois,
comme lorsque je l’avais touchée.
- Bella, je crois qu'il vaudrait mieux que tu t'en ailles.
Elle obéit vite, sans commentaire, sortant de la voiture et fermant la
portière derrière elle. Avait-elle senti le potentiel désastre comme moi ?
Cela la faisait-elle souffrir de partir, comme je souffrais de la laisser partir ?
La seule consolation venait du fait que je la reverrai bientôt. Plus tôt qu’elle
ne me verrait. Je souris à cette pensée, puis descendit la fenêtre et me
penchais en avant pour lui parler une dernière fois - c’était moins risqué
maintenant, avec la chaleur de son corps en dehors de la voiture.
Elle se tourna pour voir ce que je voulais, curieuse.
Toujours curieuse, même si elle m’avait posé tant de questions aujourd’hui.
Ma propre curiosité était entièrement inassouvie ; répondre à ses questions
aujourd’hui avait seulement révélé mes secrets . J’avais tiré très peu d’elle, si
ce n’est ma propre spéculation. Ce n’était pas juste.
- Hé, Bella !
- Oui ?
- Demain, c'est mon tour.
Son front se plissa.
- Ton tour de quoi ?
- De poser des questions. Demain quand nous serons en sécurité, entourés
de témoins, j’aurais mes propres réponses. Je souris à cette pensée, puis me
tournai car elle ne fit aucun mouvement pour partir. Même si elle se trouvait
en dehors de la voiture, l'écho de l'électricité sifflait dans l’air. Je voulais
sortir, moi aussi, la raccompagner jusqu’à la porte, une bonne excuse pour
rester près d’elle....
Plus d’erreur. Je démarrai, puis soupirai en la regardant disparaître derrière
moi. Il me semblait que je courais toujours vers Bella ou loin d’elle, ne restant
jamais en place. Je devais trouver un moyen de tenir le coup si nous voulions
un jour avoir la paix.
respiration. Puis, soudainement, un rire s’échappa de ses lèvres.
Maintenant elle se moque de moi. Génial.
Mike se retourna, renfrogné, et s’éloigna pour aller se changer.
Je m’appuyai contre le mur du gymnase, essayant de me ressaisir.
Comment avait-elle pu rire à l’accusation de Mike - tellement vraie que je
commençais à me demander si Forks n’en savait pas trop... Pourquoi riraitelle
à la suggestion que je pouvais la tuer, alors même qu’elle savait que
c’était totalement vrai ? Où se trouvait l’humour là dedans ?
Qu’est ce qui n’allait pas chez elle ?
Est-ce qu’elle avait un sens de l’humour morbide ? Cela ne ressemblait pas
à l’idée que je me faisais d’elle, mais comment être sûr ? Ou peut-être que
mes rêves éveillés d'ange étourdi étaient vrais, puisqu’elle n’avait peur de
rien. Peu importe la raison alors, ce manque de peur, ou ce sens de l’humour
tordu n’était pas bon pour elle. Etait-ce cet étrange manque qui la mettait en
danger constamment ? Peut-être qu’elle aurait toujours besoin de moi près
d’elle...
Et juste comme ça, mon humeur s’améliora.
Si je pouvais me discipliner, être sans danger, alors peut-être qu’il serait
bien pour moi de rester avec elle.
Quand elle marcha au travers des portes du gymnase, ses épaules étaient
courbées, et ses dents entre ses lèvres, une fois de plus, un signe d’anxiété.
Mais dès que ses yeux rencontrèrent les miens, ses épaules rigides se
relaxèrent, et un grand sourire se répandit sur son visage. C’était une
expression bizarrement paisible. Elle marcha jusqu’à moi sans hésitation,
s’arrêtant seulement lorsque son corps fut assez près, pour que sa chaleur
s’écrase sur moi comme un raz-de-marée.
- Salut ! murmura-t-elle.
La bonheur que je ressentis à ce moment là était, une fois de plus, sans
précédent.
- Salut ! dis-je, puis - parce que son humeur était soudain si légère, je ne
pouvais pas m'empêcher de la taquiner - je rajoutai, comment ça s'est passé ?
Son sourire vacilla.
- Très bien.
Elle était mauvaise menteuse.
- Ah bon ? demandai-je, prêt à insister sur le sujet - j’étais toujours
préoccupé par son état, est ce qu’elle souffrait ? - mais les pensées de Mike
Newton furent si bruyantes qu’elle rompirent ma concentration.
Je le déteste. J’aimerai qu’il meure. J'espère qu’il jettera sa jolie petite
voiture du haut d’une falaise. Pourquoi ne peut-il pas simplement la laisser
tranquille ? Rester avec ceux de son espèce - les monstres.
- Qu'y a-t-il ? demanda Bella.
Mes yeux se concentrèrent de nouveau sur elle. Elle regarda la retraite de
Mike, puis de nouveau vers moi.
- Newton me tape sur le système, admis-je.
Sa bouche s’ouvrit en grand, et son sourire disparut. Elle avait dû oublier
que j’avais le pouvoir de voir sa dernière heure calamiteuse, ou espérer que je
ne l’aurais pas utilisé.
- Ne me dis pas que tu nous as espionnés !
- Comment va ta tête ?
- Je te déteste ! dit-elle à travers ses dents, puis elle se retourna, et
commença a traverser le parking.
Je suivais son rythme, espérant que sa colère passerait vite. En général,
elle ma pardonnait assez rapidement.
- C'est ta faute. C'est toi qui a mentionné que je ne t'avais jamais vue en
sport, lui expliquai-je. Ca a éveillé ma curiosité.
Elle ne répondit pas, ses sourcils s’abaissant.
Soudain, elle s'arrêta au milieu du parking quand elle réalisa que le chemin
pour accéder à la voiture était bloqué par un attroupement de garçons.
Je me demande à combien il monte avec cet engin...
Regarde moi ce boîtier de vitesse SMG. Je n’en n’avais jamais vu que dans
des magazines...
Jolies jantes...
J’aimerai bien avoir 60 000 dollars à débourser...
C’était exactement la raison pour laquelle il était préférable que Rosalie
utilise sa voiture en dehors de la ville.
Je me frayais un chemin jusqu’à ma voiture à travers la foule d’envieux,
après une seconde d’hésitation, Bella me suivit.
- Ostentatoire, murmurais-je pendant qu’elle grimpait à l'intérieur.
- Qu'est-ce que c'est comme voiture ? se demanda-t-elle.
- Une M3.
Elle fronce les sourcils.
- Pardon ?
- Une BMW ! Je levai les yeux au ciel, me concentrant sur ma marche
arrière pour ne pas écraser quelqu’un. Je fixai mes yeux sur quelques garçons
qui semblaient ne pas vouloir se pousser de mon chemin. Une demi-seconde a
fixer mon chemin semblait suffire pour les convaincre.
- Tu es toujours en colère ? lui demandai-je. Elle ne fronçait plus les
sourcils.
- Et comment ! répondait-elle brusquement.
Je soupirai. Peut-être que je n’aurais pas dû lancer le sujet. Oh et puis. Je
pouvais bien me faire pardonner, j’imagine.
- Me pardonneras-tu si je m'excuse ?
Elle y pensa pendant un moment.
- Peut-être... si tu es sincère, décida-t-elle. Et si tu me promets de ne jamais
recommencer.
Je n’allais pas lui mentir, et je n’allais sûrement pas promettre ça. Peut-être
que si je lui offrirais un accord différent...
- Et si j'étais sincère et que j'étais d'accord pour te laisser conduire samedi ?
J’eus un mouvement de recul rien qu’en y pensant.
La ride se dessina de nouveau entre ses yeux alors qu’elle considérait le
nouveau pacte.
- Marché conclu, dit-elle après un moment de réflexion.
Maintenant pour mes excuses... Je n’avais jamais essayé d’éblouir Bella,
mais maintenant cela semblait être le bon moment. Je fixai profondément ses
yeux en conduisant, me demandant si je faisais une bonne chose. J’utilisais
mon ton le plus persuasif.
- Dans ce cas, je suis sincèrement désolé et je te prie de m'excuser.
Son rythme cardiaque faisait un bruit sourd, et fut soudain saccadé. Ses
yeux s’ouvrirent, stupéfaits.
Je lui fis un demi-sourire. Il semblait que j’avais réussi. Bien sûr, j’avais un
peu de difficulté à me détourner de ses yeux, moi aussi. Tout aussi ébloui.
C’était une bonne chose que j’eus mémorisé cette route.
- Et je serai sur le seuil de ta maison samedi matin à l'aube, ajoutai-je,
scellant l’accord.
Elle cligna des yeux promptement, secouant la tête, comme pour s’éclaircir
les idées.
- Euh, dit elle, une Volvo inconnue garée dans notre allée risque de soulever
un problème avec Charlie.
Ah, comme elle me connaissais si peu.
- Je n'avais pas l'intention de venir avec.
- Comment... commença-t-elle à demander.
Je l’interrompis. La réponse serait difficile à expliquer sans démonstration,
et ce n’était vraiment pas le moment.
- Ne t'occupe pas de ça. Je serai là, sans voiture.
Elle pencha la tête sur le côté, et pendant une seconde sembla sur le point
de demander plus, mais soudain elle sembla changer d’avis.
- Sommes-nous "plus tard" ? demanda-t-elle, se remémorant notre
conversation inachevée à la cafétéria aujourd’hui ; elle avait délaissé une
question importante pour se rabattre sur une autre peu ragoûtante.
- Je suppose que oui, acquiesçais-je, sans le vouloir.
Je me garai en face de la maison, contracté en pensant à la façon de lui
expliquer... sans rendre ma nature monstrueuse trop évidente, sans l’effrayer
une nouvelle fois. Avais-je tort ? De minimiser les ténèbres ?
Elle attendit avec le même masque de politesse intéressée qu’elle avait
porté au déjeuner. Si j’avais été moins anxieux, son calme grotesque m’aurait
fait rire.
- Tu n'as pas renoncé à savoir pourquoi tu es interdite de parties de chasse,
n'est-ce-pas ? demandai-je.
- En réalité, c'est surtout ta réaction à cette perspective qui m'intéresse, dit
elle.
- Je t'ai fait peur ? demandais-je, sûr qu’elle allait nier.
- Non.
J’essayais de ne pas sourire, et échouais.
- Pardonne-moi si c'est le cas. Puis mon sourire s’évanouit ainsi que mon
humour momentané. C'est juste l'idée de t'imaginer là-bas...
- Ce serait si terrible que ça ?
La vision mentale était trop - Bella, si vulnérable dans le sombre vide, moi,
hors de contrôle... j’essayais de la bannir de ma tête.
- Oh que oui.
- Parce que... ?
Je pris une profonde inspiration, me concentrant pendant un moment sur la
soif qui me brûlait. La sentant, la contrôlant, prouvant que je la dominait. Elle
ne me contrôlerait plus jamais - j'espérais que ce soit vrai. Je serais sans
danger pour elle. Je fixai les nuages bienvenus sans vraiment les voir,
espérant pouvoir croire que ma détermination ferait une quelconque
différence si je croisais son odeur en chassant.
- Quand nous chassons, nos sens l'emportent sur notre raison et nous...
dirigent, lui dis-je pesant chaque mot avant de le prononcer. Surtout l'odorat.
Si tu te trouvais dans les parages à ce moment là...
Je secouai la tête, agonisant à la pensée de ce qui pourrait - pas pourrait,
allait - sûrement arriver alors.
J’écoutai l’envolée de son rythme cardiaque, puis me retournais, nerveux,
pour lire dans ses yeux.
Le visage de Bella était calme, ses yeux graves. Sa bouche était plissée
dans ce que je pris pour de l’inquiétude. Mais de l'inquiétude pour quoi ? Sa
propre sécurité ? Ou mon angoisse ? Je continuai de la fixer, essayant de
traduire son expression ambiguë.
Elle me fixa elle aussi. Ses yeux s’élargirent après un moment, et ses
pupilles se dilatèrent alors que la lumière n’avait pas changée.
Ma respiration s’accéléra, et soudainement le silence de la voiture sembla
bourdonner, comme dans la pénombre de la salle de biologie, cet après-midi.
L’impulsion du courant s’emballa entre nous, et mon désir de la toucher fut,
brièvement, plus fort que jamais, plus fort même que l’exigence de ma soif.
L'électricité lancinante me fit penser que j’avais de nouveau un pouls. Mon
corps en chantant les louanges. Comme si j’étais humain. Plus que tout au
monde, je voulais sentir la chaleur de ses lèvres contre les miennes. Pendant
une seconde, je luttais désespérément pour trouver la force, le contrôle, pour
être capable de mettre ma bouche aussi près de sa peau.
Elle aspira une grand bouffée d’air, et je réalisai alors seulement que
lorsque j’avais commencé à respirer plus vite, elle avait complètement arrêté.
Je fermai les yeux, essayant de rompre la connexion entre nous.
Plus d’erreur.
L’existence de Bella était liée à un millier de procédés chimiques
délicatement équilibrés, tellement facilement interrompus. L’expansion
rythmique de ses poumons, son flux d'oxygène, était une question de vie ou
de mort. La cadence des battements de son coeur fragile pouvait être arrêtée
par tellement d’accidents stupides, ou de maladies... ou par moi.
Je ne pensai pas qu’un membre de ma famille hésiterait si il ou elle se
voyait offrir une nouvelle chance - si il ou elle pouvait échanger l’immortalité
contre la mortalité de nouveau. Chacun de nous se laisserait brûler pour ça.
Brûler autant de jour, ou de siècle que cela serait nécessaire.
La plupart de notre espèce chérissait l’immortalité par dessus toute chose.
Il y avait même des humains qui mouraient de désir de devenir immortels,
cherchant dans les ténèbres ceux qui leur donnerait le plus sombre des
présents...
Pas nous. Pas ma famille. Nous échangerions n’importe quoi pour être
humains.
Mais aucun de nous n’avait été aussi désespéré pour ce changement que
moi en cet instant.
Je fixai les microscopiques défauts dans la vitre de la portière, comme s'il y
avait une solution cachée dans le verre. L'électricité ne s’était pas atténuée, et
je dus me concentrer pour garder mes mains sur le volant.
Ma main droite commença a picoter sans douleur, une nouvelle fois,
comme lorsque je l’avais touchée.
- Bella, je crois qu'il vaudrait mieux que tu t'en ailles.
Elle obéit vite, sans commentaire, sortant de la voiture et fermant la
portière derrière elle. Avait-elle senti le potentiel désastre comme moi ?
Cela la faisait-elle souffrir de partir, comme je souffrais de la laisser partir ?
La seule consolation venait du fait que je la reverrai bientôt. Plus tôt qu’elle
ne me verrait. Je souris à cette pensée, puis descendit la fenêtre et me
penchais en avant pour lui parler une dernière fois - c’était moins risqué
maintenant, avec la chaleur de son corps en dehors de la voiture.
Elle se tourna pour voir ce que je voulais, curieuse.
Toujours curieuse, même si elle m’avait posé tant de questions aujourd’hui.
Ma propre curiosité était entièrement inassouvie ; répondre à ses questions
aujourd’hui avait seulement révélé mes secrets . J’avais tiré très peu d’elle, si
ce n’est ma propre spéculation. Ce n’était pas juste.
- Hé, Bella !
- Oui ?
- Demain, c'est mon tour.
Son front se plissa.
- Ton tour de quoi ?
- De poser des questions. Demain quand nous serons en sécurité, entourés
de témoins, j’aurais mes propres réponses. Je souris à cette pensée, puis me
tournai car elle ne fit aucun mouvement pour partir. Même si elle se trouvait
en dehors de la voiture, l'écho de l'électricité sifflait dans l’air. Je voulais
sortir, moi aussi, la raccompagner jusqu’à la porte, une bonne excuse pour
rester près d’elle....
Plus d’erreur. Je démarrai, puis soupirai en la regardant disparaître derrière
moi. Il me semblait que je courais toujours vers Bella ou loin d’elle, ne restant
jamais en place. Je devais trouver un moyen de tenir le coup si nous voulions
un jour avoir la paix.
